Savons-nous nous confesser ?
La spiritualitĂ© de la misĂ©ricorde sâappuie en premier lieu sur les sacrements, lieux principaux oĂč nous accueillons la grĂące du Roi de misĂ©ricorde. Parmi eux, le sacrement de pĂ©nitence tient une place toute particuliĂšre, dont nous savons mal profiter. Quelques Ă©lĂ©ments concrets pour mieux le vivre.
Le temps du carĂȘme est un temps de joie pour les prĂȘtres qui voient arriver au confessionnal plus de pĂ©nitents que dâhabitude. DĂ©sireux dâaccomplir leur unique confession annuelle au moment de PĂąques ou bien convaincus aprĂšs de nombreuses prĂ©dications de leurs pasteurs que la confession est un bon effort de carĂȘme, les fidĂšles viennent donc se confesser.
Mais pourquoi limiter au temps du carĂȘme cet Ă©lan vers le sacrement de la misĂ©ricorde ? Pourquoi si peu de chrĂ©tiens profitent-ils des grĂąces offertes dans le sacrement de confession ? Peut-ĂȘtre est-ce le manque de disponibilitĂ© des prĂȘtres ? Avouons cependant que ce nâest pas le motif principal et que la confession nous apparait comme un acte difficile, car il demande de lâhumilitĂ©, et un acte dont nous ne comprenons pas toute la beautĂ©. Notre but nâest pas dâenlever la difficultĂ© qui vient de notre orgueil ; pour cela, il faut en demander humblement la grĂące au Saint-Esprit. Nous nous proposons de montrer que le sacrement de pĂ©nitence nous rebute parce que nous le comprenons mal et que par consĂ©quent nous nous confessons mal.
Le sacrement du pardon
On donne au sacrement de rĂ©conciliation plusieurs noms, dont le plus frĂ©quent est celui de la confession. Pourtant, la confession ou aveu des pĂ©chĂ©s nâest pas le cĆur du sacrement, mais la condition. Le cĆur du sacrement est la grĂące du pardon qui est offerte par Dieu dans lâabsolution et cette absolution nâest possible que si le pĂ©nitent a la contrition de ses pĂ©chĂ©s, contrition manifestĂ©e par lâaveu.
Nous avons souvent peur de nous confesser en pensant aux commentaires que fera le prĂȘtre sur nos pĂ©chĂ©s. Pour cette mĂȘme raison, nous changeons souvent de confesseur. Si nous comprenons bien que lâexhortation du prĂȘtre est trĂšs secondaire par rapport au pardon et quâelle est au service dâune plus grande contrition, cet obstacle tombe.
Un sacrement pour quels péchés ?
Il est ensuite nĂ©cessaire de se demander quel est lâeffet de la grĂące de ce sacrement sur lâĂąme. Le premier effet est Ă©videmment le pardon des pĂ©chĂ©s. MĂȘme sâil nâest pas interdit de commencer par une action de grĂąces pour tout ce que Seigneur a fait depuis la prĂ©cĂ©dente confession, il vaut mieux la rĂ©server Ă la prĂ©paration, surtout en cas dâaffluence, car ce nâest pas lâobjet propre de la confession.
Les pĂ©chĂ©s quâil faut absolument confesser sont les pĂ©chĂ©s mortels que seul le sacrement de confession efface. Il est bon cependant de rappeler quâil nâest pas nĂ©cessaire de prĂ©ciser en confession sâil sâagit dâun pĂ©chĂ© mortel. On confesse son pĂ©chĂ©, avec simplicitĂ©, sans lâamoindrir ni le dramatiser, en se rappelant quâil y a une grande joie au ciel Ă ce moment (cf. Lc 15, 7). Sâil y a un doute parce que lâon nâest pas certain que la matiĂšre soit grave ou bien parce quâil nous semble que le consentement nâĂ©tait pas total, il est bon de lâaccuser quand mĂȘme, en demandant humblement son avis au confesseur.
Mais quâen est-il des pĂ©chĂ©s vĂ©niels ? Faut-il les confesser ? Cela nâest pas nĂ©cessaire, mais câest trĂšs profitable, comme le rappelle le CatĂ©chisme de lâEglise Catholique : « Sans ĂȘtre strictement nĂ©cessaire, la confession des fautes quotidiennes (pĂ©chĂ©s vĂ©niels) est nĂ©anmoins vivement recommandĂ©e par lâEglise » (CEC 1458). Elle nâest pas nĂ©cessaire car les pĂ©chĂ©s vĂ©niels sont pardonnĂ©s par tout acte de contrition sĂ©rieusement fait. Le « Confiteor » de la messe, le « Domine non sum dignus » avant la communion suffisent Ă ce que nos pĂ©chĂ©s vĂ©niels soient effacĂ©s.
Mais la confession des fautes vĂ©nielles est profitable car le sacrement de confession, en plus du pardon des pĂ©chĂ©s, offre une grĂące spĂ©ciale dans le combat spirituel contre nos pĂ©chĂ©s. Une image peut nous aider : si un mĂ©canisme extĂ©rieur, un engrenage par exemple ou un dĂ©railleur de vĂ©lo, sâest rouillĂ© en raison de la pluie, il faut dâabord dĂ©caper la rouille et ensuite le huiler pour le protĂ©ger. Une contrition bien faite dĂ©cape, tout comme la confession, mais seule la confession huile le mĂ©canisme de notre Ăąme. La confession des pĂ©chĂ©s vĂ©niels nâest donc pas strictement nĂ©cessaire au salut mais est un puissant moyen de sanctification.
Confesser les pĂ©chĂ©s que lâon regrette
Si la confession des pĂ©chĂ©s vĂ©niels nâest pas nĂ©cessaire mais profitable, il sâensuit quâil est bon de ne pas tous les dire et de se concentrer sur ceux que lâon regrette vraiment et qui nous semblent un nĆud particuliĂšrement important dans notre relation dâamitiĂ© avec Dieu. Il est frĂ©quent, par exemple, de confesser des pĂ©chĂ©s de gourmandise. Mais les regrettons-nous vraiment, ou bien les accusons-nous parce que nous les avons vus mentionnĂ©s sur la liste dâun examen de conscience ?
La qualitĂ© et les fruits dâune confession sont proportionnels non Ă la quantitĂ© de pĂ©chĂ©s accusĂ©s mais Ă la contrition. Il vaut mieux accuser peu de pĂ©chĂ©s en ayant le dĂ©sir profond de les regretter que dâaccuser une longue liste dont on ne regrette que la moitiĂ©. Comme le dit le saint curĂ© dâArs, « il est plus important de regretter que de sâexaminer ». Par consĂ©quent, quand on a confessĂ© ses pĂ©chĂ©s et que le prĂȘtre a commencĂ© son exhortation, Ă©coutons-le et ne continuons pas Ă chercher dans notre conscience un pĂ©chĂ© Ă rajouter sur la liste ! MĂȘme sâil nous revient subitement, il est effacĂ© sâil est vĂ©niel, mĂȘme si nous ne le confessons pas.
Confesser des péchés, non des tendances
Un autre obstacle aux fruits de la confession est lâaveu de tendances et non dâactes ponctuels. Le fait dâĂȘtre orgueilleux, colĂ©rique, paresseux nâest pas un pĂ©chĂ©. Câest une tendance ou un trait de caractĂšre qui nous porte Ă pĂ©cher. Saint François de Sales, modĂšle de patience et de douceur, Ă©tait de caractĂšre trĂšs colĂ©rique mais, Ă la suite dâun grand combat spirituel, il tombait trĂšs rarement dans le pĂ©chĂ© de colĂšre.
Il faut donc confesser des actes et non des tendances et dire « jâai Ă©tĂ© paresseux » au lieu de « je suis paresseux ». Pour cela, il peut ĂȘtre bon de commencer chaque aveu par : « Je demande pardon au Seigneur dâavoir⊠» ou bien : « Je mâaccuse dâavoir⊠», ou encore : « Je confesse avoir⊠».
Enfin, le progrĂšs spirituel est un fruit de la confession, mais ne la constitue pas. Certains disent parfois : « Je demande Ă Dieu dâĂȘtre moins colĂ©rique⊠». MĂȘme si le prĂȘtre comprend quâil sâagit lĂ dâune maniĂšre de confesser des pĂ©chĂ©s de colĂšre, cette maniĂšre de sâaccuser est inexacte, car il ne sâagit pas dâun aveu !
Se mettre dans la lumiĂšre de lâEsprit-Saint
Enfin, et câest peut-ĂȘtre sur ce point que se jouent les fruits de la confession, il faut ĂȘtre prĂ©cis quand on se confesse. Peut-ĂȘtre nous est-il arrivĂ© de trouver que les conseils que le prĂȘtre nous a donnĂ©s Ă©taient bien plats et nâaidaient guĂšre Ă progresser. Nâest-ce pas en raison de notre confession ? Je dois avouer mon regret quand jâentends une confession de la sorte : « Jâai manquĂ© de charitĂ©, jâai Ă©tĂ© paresseux, jâai menti et jâai Ă©tĂ© jaloux ». Comment donner un avis pertinent quand lâĂąme est si peu prĂ©cise ! On peut se confesser ainsi durant des annĂ©es en progressant trĂšs peu. La raison est double : la premiĂšre, la moins importante, vient des conseils que donnera le prĂȘtre qui seront plats si lâaccusation est plate. La seconde, la plus profonde, vient de lâaction du Saint-Esprit dans lâĂąme. LâEsprit-Saint est un feu purificateur qui efface nos pĂ©chĂ©s et nous aide Ă ne plus y tomber. Mais il ne le fait que sur la matiĂšre que nous lui prĂ©sentons. Plus nous lui ouvrons notre cĆur avec simplicitĂ© par une accusation prĂ©cise, plus son Ćuvre de sanctification sera prĂ©cise.
PlutĂŽt que lâaccusation prĂ©cĂ©dente, trĂšs vague, dites plutĂŽt : « Je demande pardon dâavoir manquĂ© de charitĂ© en fermant mon cĆur Ă une motion de lâEsprit-Saint qui me poussait Ă donner de lâargent Ă un pauvre. Jâai Ă©tĂ© paresseux en prĂ©fĂ©rant aller sur internet plutĂŽt que dâaider mon conjoint qui me lâavait demandĂ©. Jâai menti Ă un ami pour ne pas avoir Ă lui rendre un service. Jâai Ă©tĂ© jaloux de la rĂ©ussite des enfants de nos amis ». Nous dressons mieux ainsi notre portrait spirituel, ce sur quoi va sâappuyer la grĂące de lâEsprit-Saint pour nous purifier et le confesseur pour nous conseiller.
Il faut cependant éviter de tomber dans un autre écueil qui est de raconter sa vie sous couvert de confession ou pire encore, celle des autres. Une confession qui commence par : « Mon PÚre, il fallait vraiment que je me confesse. Il faut que je vous explique⊠» a des chances de ne contenir aucun aveu de péché et de ne jamais se terminer !
Notre progrĂšs spirituel dĂ©pend en grande partie de lâutilisation des moyens que la misĂ©ricorde du Seigneur nous donne pour y arriver et notamment le sacrement de pĂ©nitence. Puissions-nous venir y puiser davantage et dans une ouverture de cĆur renouvelĂ©e.
Abbé Jean-Raphaël Dubrule
Publié le 04 février 2025
Savons-nous nous confesser ?
La spiritualitĂ© de la misĂ©ricorde sâappuie en premier lieu sur les sacrements, lieux principaux oĂč nous accueillons la grĂące du Roi de misĂ©ricorde. Parmi eux, le sacrement de pĂ©nitence tient une place toute particuliĂšre, dont nous savons mal profiter. Quelques Ă©lĂ©ments concrets pour mieux le vivre.
Le temps du carĂȘme est un temps de joie pour les prĂȘtres qui voient arriver au confessionnal plus de pĂ©nitents que dâhabitude. DĂ©sireux dâaccomplir leur unique confession annuelle au moment de PĂąques ou bien convaincus aprĂšs de nombreuses prĂ©dications de leurs pasteurs que la confession est un bon effort de carĂȘme, les fidĂšles viennent donc se confesser.
Mais pourquoi limiter au temps du carĂȘme cet Ă©lan vers le sacrement de la misĂ©ricorde ? Pourquoi si peu de chrĂ©tiens profitent-ils des grĂąces offertes dans le sacrement de confession ? Peut-ĂȘtre est-ce le manque de disponibilitĂ© des prĂȘtres ? Avouons cependant que ce nâest pas le motif principal et que la confession nous apparait comme un acte difficile, car il demande de lâhumilitĂ©, et un acte dont nous ne comprenons pas toute la beautĂ©. Notre but nâest pas dâenlever la difficultĂ© qui vient de notre orgueil ; pour cela, il faut en demander humblement la grĂące au Saint-Esprit. Nous nous proposons de montrer que le sacrement de pĂ©nitence nous rebute parce que nous le comprenons mal et que par consĂ©quent nous nous confessons mal.
Le sacrement du pardon
On donne au sacrement de rĂ©conciliation plusieurs noms, dont le plus frĂ©quent est celui de la confession. Pourtant, la confession ou aveu des pĂ©chĂ©s nâest pas le cĆur du sacrement, mais la condition. Le cĆur du sacrement est la grĂące du pardon qui est offerte par Dieu dans lâabsolution et cette absolution nâest possible que si le pĂ©nitent a la contrition de ses pĂ©chĂ©s, contrition manifestĂ©e par lâaveu.
Nous avons souvent peur de nous confesser en pensant aux commentaires que fera le prĂȘtre sur nos pĂ©chĂ©s. Pour cette mĂȘme raison, nous changeons souvent de confesseur. Si nous comprenons bien que lâexhortation du prĂȘtre est trĂšs secondaire par rapport au pardon et quâelle est au service dâune plus grande contrition, cet obstacle tombe.
Un sacrement pour quels péchés ?
Il est ensuite nĂ©cessaire de se demander quel est lâeffet de la grĂące de ce sacrement sur lâĂąme. Le premier effet est Ă©videmment le pardon des pĂ©chĂ©s. MĂȘme sâil nâest pas interdit de commencer par une action de grĂąces pour tout ce que Seigneur a fait depuis la prĂ©cĂ©dente confession, il vaut mieux la rĂ©server Ă la prĂ©paration, surtout en cas dâaffluence, car ce nâest pas lâobjet propre de la confession.
Les pĂ©chĂ©s quâil faut absolument confesser sont les pĂ©chĂ©s mortels que seul le sacrement de confession efface. Il est bon cependant de rappeler quâil nâest pas nĂ©cessaire de prĂ©ciser en confession sâil sâagit dâun pĂ©chĂ© mortel. On confesse son pĂ©chĂ©, avec simplicitĂ©, sans lâamoindrir ni le dramatiser, en se rappelant quâil y a une grande joie au ciel Ă ce moment (cf. Lc 15, 7). Sâil y a un doute parce que lâon nâest pas certain que la matiĂšre soit grave ou bien parce quâil nous semble que le consentement nâĂ©tait pas total, il est bon de lâaccuser quand mĂȘme, en demandant humblement son avis au confesseur.
Mais quâen est-il des pĂ©chĂ©s vĂ©niels ? Faut-il les confesser ? Cela nâest pas nĂ©cessaire, mais câest trĂšs profitable, comme le rappelle le CatĂ©chisme de lâEglise Catholique : « Sans ĂȘtre strictement nĂ©cessaire, la confession des fautes quotidiennes (pĂ©chĂ©s vĂ©niels) est nĂ©anmoins vivement recommandĂ©e par lâEglise » (CEC 1458). Elle nâest pas nĂ©cessaire car les pĂ©chĂ©s vĂ©niels sont pardonnĂ©s par tout acte de contrition sĂ©rieusement fait. Le « Confiteor » de la messe, le « Domine non sum dignus » avant la communion suffisent Ă ce que nos pĂ©chĂ©s vĂ©niels soient effacĂ©s.
Mais la confession des fautes vĂ©nielles est profitable car le sacrement de confession, en plus du pardon des pĂ©chĂ©s, offre une grĂące spĂ©ciale dans le combat spirituel contre nos pĂ©chĂ©s. Une image peut nous aider : si un mĂ©canisme extĂ©rieur, un engrenage par exemple ou un dĂ©railleur de vĂ©lo, sâest rouillĂ© en raison de la pluie, il faut dâabord dĂ©caper la rouille et ensuite le huiler pour le protĂ©ger. Une contrition bien faite dĂ©cape, tout comme la confession, mais seule la confession huile le mĂ©canisme de notre Ăąme. La confession des pĂ©chĂ©s vĂ©niels nâest donc pas strictement nĂ©cessaire au salut mais est un puissant moyen de sanctification.
Confesser les pĂ©chĂ©s que lâon regrette
Si la confession des pĂ©chĂ©s vĂ©niels nâest pas nĂ©cessaire mais profitable, il sâensuit quâil est bon de ne pas tous les dire et de se concentrer sur ceux que lâon regrette vraiment et qui nous semblent un nĆud particuliĂšrement important dans notre relation dâamitiĂ© avec Dieu. Il est frĂ©quent, par exemple, de confesser des pĂ©chĂ©s de gourmandise. Mais les regrettons-nous vraiment, ou bien les accusons-nous parce que nous les avons vus mentionnĂ©s sur la liste dâun examen de conscience ?
La qualitĂ© et les fruits dâune confession sont proportionnels non Ă la quantitĂ© de pĂ©chĂ©s accusĂ©s mais Ă la contrition. Il vaut mieux accuser peu de pĂ©chĂ©s en ayant le dĂ©sir profond de les regretter que dâaccuser une longue liste dont on ne regrette que la moitiĂ©. Comme le dit le saint curĂ© dâArs, « il est plus important de regretter que de sâexaminer ». Par consĂ©quent, quand on a confessĂ© ses pĂ©chĂ©s et que le prĂȘtre a commencĂ© son exhortation, Ă©coutons-le et ne continuons pas Ă chercher dans notre conscience un pĂ©chĂ© Ă rajouter sur la liste ! MĂȘme sâil nous revient subitement, il est effacĂ© sâil est vĂ©niel, mĂȘme si nous ne le confessons pas.
Confesser des péchés, non des tendances
Un autre obstacle aux fruits de la confession est lâaveu de tendances et non dâactes ponctuels. Le fait dâĂȘtre orgueilleux, colĂ©rique, paresseux nâest pas un pĂ©chĂ©. Câest une tendance ou un trait de caractĂšre qui nous porte Ă pĂ©cher. Saint François de Sales, modĂšle de patience et de douceur, Ă©tait de caractĂšre trĂšs colĂ©rique mais, Ă la suite dâun grand combat spirituel, il tombait trĂšs rarement dans le pĂ©chĂ© de colĂšre.
Il faut donc confesser des actes et non des tendances et dire « jâai Ă©tĂ© paresseux » au lieu de « je suis paresseux ». Pour cela, il peut ĂȘtre bon de commencer chaque aveu par : « Je demande pardon au Seigneur dâavoir⊠» ou bien : « Je mâaccuse dâavoir⊠», ou encore : « Je confesse avoir⊠».
Enfin, le progrĂšs spirituel est un fruit de la confession, mais ne la constitue pas. Certains disent parfois : « Je demande Ă Dieu dâĂȘtre moins colĂ©rique⊠». MĂȘme si le prĂȘtre comprend quâil sâagit lĂ dâune maniĂšre de confesser des pĂ©chĂ©s de colĂšre, cette maniĂšre de sâaccuser est inexacte, car il ne sâagit pas dâun aveu !
Se mettre dans la lumiĂšre de lâEsprit-Saint
Enfin, et câest peut-ĂȘtre sur ce point que se jouent les fruits de la confession, il faut ĂȘtre prĂ©cis quand on se confesse. Peut-ĂȘtre nous est-il arrivĂ© de trouver que les conseils que le prĂȘtre nous a donnĂ©s Ă©taient bien plats et nâaidaient guĂšre Ă progresser. Nâest-ce pas en raison de notre confession ? Je dois avouer mon regret quand jâentends une confession de la sorte : « Jâai manquĂ© de charitĂ©, jâai Ă©tĂ© paresseux, jâai menti et jâai Ă©tĂ© jaloux ». Comment donner un avis pertinent quand lâĂąme est si peu prĂ©cise ! On peut se confesser ainsi durant des annĂ©es en progressant trĂšs peu. La raison est double : la premiĂšre, la moins importante, vient des conseils que donnera le prĂȘtre qui seront plats si lâaccusation est plate. La seconde, la plus profonde, vient de lâaction du Saint-Esprit dans lâĂąme. LâEsprit-Saint est un feu purificateur qui efface nos pĂ©chĂ©s et nous aide Ă ne plus y tomber. Mais il ne le fait que sur la matiĂšre que nous lui prĂ©sentons. Plus nous lui ouvrons notre cĆur avec simplicitĂ© par une accusation prĂ©cise, plus son Ćuvre de sanctification sera prĂ©cise.
PlutĂŽt que lâaccusation prĂ©cĂ©dente, trĂšs vague, dites plutĂŽt : « Je demande pardon dâavoir manquĂ© de charitĂ© en fermant mon cĆur Ă une motion de lâEsprit-Saint qui me poussait Ă donner de lâargent Ă un pauvre. Jâai Ă©tĂ© paresseux en prĂ©fĂ©rant aller sur internet plutĂŽt que dâaider mon conjoint qui me lâavait demandĂ©. Jâai menti Ă un ami pour ne pas avoir Ă lui rendre un service. Jâai Ă©tĂ© jaloux de la rĂ©ussite des enfants de nos amis ». Nous dressons mieux ainsi notre portrait spirituel, ce sur quoi va sâappuyer la grĂące de lâEsprit-Saint pour nous purifier et le confesseur pour nous conseiller.
Il faut cependant éviter de tomber dans un autre écueil qui est de raconter sa vie sous couvert de confession ou pire encore, celle des autres. Une confession qui commence par : « Mon PÚre, il fallait vraiment que je me confesse. Il faut que je vous explique⊠» a des chances de ne contenir aucun aveu de péché et de ne jamais se terminer !
Notre progrĂšs spirituel dĂ©pend en grande partie de lâutilisation des moyens que la misĂ©ricorde du Seigneur nous donne pour y arriver et notamment le sacrement de pĂ©nitence. Puissions-nous venir y puiser davantage et dans une ouverture de cĆur renouvelĂ©e.
Abbé Jean-Raphaël Dubrule
Publié le 04 février 2025
Savons-nous nous confesser ?
La spiritualitĂ© de la misĂ©ricorde sâappuie en premier lieu sur les sacrements, lieux principaux oĂč nous accueillons la grĂące du Roi de misĂ©ricorde. Parmi eux, le sacrement de pĂ©nitence tient une place toute particuliĂšre, dont nous savons mal profiter. Quelques Ă©lĂ©ments concrets pour mieux le vivre.
Le temps du carĂȘme est un temps de joie pour les prĂȘtres qui voient arriver au confessionnal plus de pĂ©nitents que dâhabitude. DĂ©sireux dâaccomplir leur unique confession annuelle au moment de PĂąques ou bien convaincus aprĂšs de nombreuses prĂ©dications de leurs pasteurs que la confession est un bon effort de carĂȘme, les fidĂšles viennent donc se confesser.
Mais pourquoi limiter au temps du carĂȘme cet Ă©lan vers le sacrement de la misĂ©ricorde ? Pourquoi si peu de chrĂ©tiens profitent-ils des grĂąces offertes dans le sacrement de confession ? Peut-ĂȘtre est-ce le manque de disponibilitĂ© des prĂȘtres ? Avouons cependant que ce nâest pas le motif principal et que la confession nous apparait comme un acte difficile, car il demande de lâhumilitĂ©, et un acte dont nous ne comprenons pas toute la beautĂ©. Notre but nâest pas dâenlever la difficultĂ© qui vient de notre orgueil ; pour cela, il faut en demander humblement la grĂące au Saint-Esprit. Nous nous proposons de montrer que le sacrement de pĂ©nitence nous rebute parce que nous le comprenons mal et que par consĂ©quent nous nous confessons mal.
Le sacrement du pardon
On donne au sacrement de rĂ©conciliation plusieurs noms, dont le plus frĂ©quent est celui de la confession. Pourtant, la confession ou aveu des pĂ©chĂ©s nâest pas le cĆur du sacrement, mais la condition. Le cĆur du sacrement est la grĂące du pardon qui est offerte par Dieu dans lâabsolution et cette absolution nâest possible que si le pĂ©nitent a la contrition de ses pĂ©chĂ©s, contrition manifestĂ©e par lâaveu.
Nous avons souvent peur de nous confesser en pensant aux commentaires que fera le prĂȘtre sur nos pĂ©chĂ©s. Pour cette mĂȘme raison, nous changeons souvent de confesseur. Si nous comprenons bien que lâexhortation du prĂȘtre est trĂšs secondaire par rapport au pardon et quâelle est au service dâune plus grande contrition, cet obstacle tombe.
Un sacrement pour quels péchés ?
Il est ensuite nĂ©cessaire de se demander quel est lâeffet de la grĂące de ce sacrement sur lâĂąme. Le premier effet est Ă©videmment le pardon des pĂ©chĂ©s. MĂȘme sâil nâest pas interdit de commencer par une action de grĂąces pour tout ce que Seigneur a fait depuis la prĂ©cĂ©dente confession, il vaut mieux la rĂ©server Ă la prĂ©paration, surtout en cas dâaffluence, car ce nâest pas lâobjet propre de la confession.
Les pĂ©chĂ©s quâil faut absolument confesser sont les pĂ©chĂ©s mortels que seul le sacrement de confession efface. Il est bon cependant de rappeler quâil nâest pas nĂ©cessaire de prĂ©ciser en confession sâil sâagit dâun pĂ©chĂ© mortel. On confesse son pĂ©chĂ©, avec simplicitĂ©, sans lâamoindrir ni le dramatiser, en se rappelant quâil y a une grande joie au ciel Ă ce moment (cf. Lc 15, 7). Sâil y a un doute parce que lâon nâest pas certain que la matiĂšre soit grave ou bien parce quâil nous semble que le consentement nâĂ©tait pas total, il est bon de lâaccuser quand mĂȘme, en demandant humblement son avis au confesseur.
Mais quâen est-il des pĂ©chĂ©s vĂ©niels ? Faut-il les confesser ? Cela nâest pas nĂ©cessaire, mais câest trĂšs profitable, comme le rappelle le CatĂ©chisme de lâEglise Catholique : « Sans ĂȘtre strictement nĂ©cessaire, la confession des fautes quotidiennes (pĂ©chĂ©s vĂ©niels) est nĂ©anmoins vivement recommandĂ©e par lâEglise » (CEC 1458). Elle nâest pas nĂ©cessaire car les pĂ©chĂ©s vĂ©niels sont pardonnĂ©s par tout acte de contrition sĂ©rieusement fait. Le « Confiteor » de la messe, le « Domine non sum dignus » avant la communion suffisent Ă ce que nos pĂ©chĂ©s vĂ©niels soient effacĂ©s.
Mais la confession des fautes vĂ©nielles est profitable car le sacrement de confession, en plus du pardon des pĂ©chĂ©s, offre une grĂące spĂ©ciale dans le combat spirituel contre nos pĂ©chĂ©s. Une image peut nous aider : si un mĂ©canisme extĂ©rieur, un engrenage par exemple ou un dĂ©railleur de vĂ©lo, sâest rouillĂ© en raison de la pluie, il faut dâabord dĂ©caper la rouille et ensuite le huiler pour le protĂ©ger. Une contrition bien faite dĂ©cape, tout comme la confession, mais seule la confession huile le mĂ©canisme de notre Ăąme. La confession des pĂ©chĂ©s vĂ©niels nâest donc pas strictement nĂ©cessaire au salut mais est un puissant moyen de sanctification.
Confesser les pĂ©chĂ©s que lâon regrette
Si la confession des pĂ©chĂ©s vĂ©niels nâest pas nĂ©cessaire mais profitable, il sâensuit quâil est bon de ne pas tous les dire et de se concentrer sur ceux que lâon regrette vraiment et qui nous semblent un nĆud particuliĂšrement important dans notre relation dâamitiĂ© avec Dieu. Il est frĂ©quent, par exemple, de confesser des pĂ©chĂ©s de gourmandise. Mais les regrettons-nous vraiment, ou bien les accusons-nous parce que nous les avons vus mentionnĂ©s sur la liste dâun examen de conscience ?
La qualitĂ© et les fruits dâune confession sont proportionnels non Ă la quantitĂ© de pĂ©chĂ©s accusĂ©s mais Ă la contrition. Il vaut mieux accuser peu de pĂ©chĂ©s en ayant le dĂ©sir profond de les regretter que dâaccuser une longue liste dont on ne regrette que la moitiĂ©. Comme le dit le saint curĂ© dâArs, « il est plus important de regretter que de sâexaminer ». Par consĂ©quent, quand on a confessĂ© ses pĂ©chĂ©s et que le prĂȘtre a commencĂ© son exhortation, Ă©coutons-le et ne continuons pas Ă chercher dans notre conscience un pĂ©chĂ© Ă rajouter sur la liste ! MĂȘme sâil nous revient subitement, il est effacĂ© sâil est vĂ©niel, mĂȘme si nous ne le confessons pas.
Confesser des péchés, non des tendances
Un autre obstacle aux fruits de la confession est lâaveu de tendances et non dâactes ponctuels. Le fait dâĂȘtre orgueilleux, colĂ©rique, paresseux nâest pas un pĂ©chĂ©. Câest une tendance ou un trait de caractĂšre qui nous porte Ă pĂ©cher. Saint François de Sales, modĂšle de patience et de douceur, Ă©tait de caractĂšre trĂšs colĂ©rique mais, Ă la suite dâun grand combat spirituel, il tombait trĂšs rarement dans le pĂ©chĂ© de colĂšre.
Il faut donc confesser des actes et non des tendances et dire « jâai Ă©tĂ© paresseux » au lieu de « je suis paresseux ». Pour cela, il peut ĂȘtre bon de commencer chaque aveu par : « Je demande pardon au Seigneur dâavoir⊠» ou bien : « Je mâaccuse dâavoir⊠», ou encore : « Je confesse avoir⊠».
Enfin, le progrĂšs spirituel est un fruit de la confession, mais ne la constitue pas. Certains disent parfois : « Je demande Ă Dieu dâĂȘtre moins colĂ©rique⊠». MĂȘme si le prĂȘtre comprend quâil sâagit lĂ dâune maniĂšre de confesser des pĂ©chĂ©s de colĂšre, cette maniĂšre de sâaccuser est inexacte, car il ne sâagit pas dâun aveu !
Se mettre dans la lumiĂšre de lâEsprit-Saint
Enfin, et câest peut-ĂȘtre sur ce point que se jouent les fruits de la confession, il faut ĂȘtre prĂ©cis quand on se confesse. Peut-ĂȘtre nous est-il arrivĂ© de trouver que les conseils que le prĂȘtre nous a donnĂ©s Ă©taient bien plats et nâaidaient guĂšre Ă progresser. Nâest-ce pas en raison de notre confession ? Je dois avouer mon regret quand jâentends une confession de la sorte : « Jâai manquĂ© de charitĂ©, jâai Ă©tĂ© paresseux, jâai menti et jâai Ă©tĂ© jaloux ». Comment donner un avis pertinent quand lâĂąme est si peu prĂ©cise ! On peut se confesser ainsi durant des annĂ©es en progressant trĂšs peu. La raison est double : la premiĂšre, la moins importante, vient des conseils que donnera le prĂȘtre qui seront plats si lâaccusation est plate. La seconde, la plus profonde, vient de lâaction du Saint-Esprit dans lâĂąme. LâEsprit-Saint est un feu purificateur qui efface nos pĂ©chĂ©s et nous aide Ă ne plus y tomber. Mais il ne le fait que sur la matiĂšre que nous lui prĂ©sentons. Plus nous lui ouvrons notre cĆur avec simplicitĂ© par une accusation prĂ©cise, plus son Ćuvre de sanctification sera prĂ©cise.
PlutĂŽt que lâaccusation prĂ©cĂ©dente, trĂšs vague, dites plutĂŽt : « Je demande pardon dâavoir manquĂ© de charitĂ© en fermant mon cĆur Ă une motion de lâEsprit-Saint qui me poussait Ă donner de lâargent Ă un pauvre. Jâai Ă©tĂ© paresseux en prĂ©fĂ©rant aller sur internet plutĂŽt que dâaider mon conjoint qui me lâavait demandĂ©. Jâai menti Ă un ami pour ne pas avoir Ă lui rendre un service. Jâai Ă©tĂ© jaloux de la rĂ©ussite des enfants de nos amis ». Nous dressons mieux ainsi notre portrait spirituel, ce sur quoi va sâappuyer la grĂące de lâEsprit-Saint pour nous purifier et le confesseur pour nous conseiller.
Il faut cependant éviter de tomber dans un autre écueil qui est de raconter sa vie sous couvert de confession ou pire encore, celle des autres. Une confession qui commence par : « Mon PÚre, il fallait vraiment que je me confesse. Il faut que je vous explique⊠» a des chances de ne contenir aucun aveu de péché et de ne jamais se terminer !
Notre progrĂšs spirituel dĂ©pend en grande partie de lâutilisation des moyens que la misĂ©ricorde du Seigneur nous donne pour y arriver et notamment le sacrement de pĂ©nitence. Puissions-nous venir y puiser davantage et dans une ouverture de cĆur renouvelĂ©e.
Abbé Jean-Raphaël Dubrule
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Publié le 04 février 2025